L’objectif de Beyond Aero, implanté à Toulouse, berceau industriel de l’aéronautique français, est sans équivoque : certifier et commercialiser le premier avion d’affaires électrique capable d’atteindre 1500 kms d’autonomie, dépassant largement les limites des batteries actuelles.
Cette trajectoire s’appuie sur une exploitation massive des données de simulation et une intégration précoce de l’intelligence artificielle agentique. En automatisant les processus complexes de documentation et les jalons de certification, Beyond Aero transforme l’IA en un levier opérationnel pour accélérer les cycles de développement dans un cadre réglementaire exigeant.
L’hydrogène : une réponse aux limites de la densité énergétique
Pour Beyond Aero, l’électrification de l’aviation n’est pas une simple hypothèse de recherche. Il s’agit d’une certitude temporelle qui dicte chaque choix d’ingénierie dès la conception du fuselage. Le segment de l’aviation d’affaires constitue le point d’entrée idéal pour cette mutation technologique.
Historiquement appétant pour l’innovation, ce marché a déjà servi de laboratoire aux composites de pointe et aux winglets avant leur généralisation. Il possède en outre les ressources financières nécessaires pour absorber les coûts initiaux de développement.
IA Agentique chez SG : plateforme et premiers projets
Société Générale, par l’intermédiaire de SocGen AI, se concentre sur l’IA agentique et dispose désormais d’une plateforme agentique en 4 couches. Des cas d’usage concrets sont en production.
Cependant, la viabilité d’un avion électrique dépend d’un équilibre précaire entre poids et performance, un domaine où les batteries affichent des limites rédhibitoires pour les applications aéronautiques de moyenne distance.
L’analyse de Jacques-Alexis Verrecchia sur ce point est sans appel : pour lui, la masse est vraiment l’ennemi de l’avion. Cette contrainte physique impose le choix de l’hydrogène, seul vecteur capable d’offrir une densité énergétique suffisante sans alourdir excessivement la structure.
Le système convertit l’hydrogène en électricité par réaction avec l’oxygène de l’air pour alimenter des moteurs électriques, garantissant une exploitation zéro émission en vol. Ce différentiel technologique est massif.
Là où une propulsion par batteries limiterait l’appareil à 200 kilomètres de rayon d’action, l’hydrogène permet de viser 1500 kilomètres. Cette autonomie opérationnelle transforme l’avion d’affaires électrique en une solution compétitive.
Mais la réussite de sa conception exige une infrastructure numérique capable de gérer une complexité système inédite.
Ingénierie et cloud au service du développement aéronautique
Le statut de startup née dans le cloud permet à Beyond Aero de s’affranchir des cycles de développement rigides et des outils legacy des constructeurs historiques. En partant d’une feuille blanche, l’entreprise a pu placer la donnée au cœur de sa méthodologie industrielle.
L’usage intensif de la mécanique des fluides numérique, la CFD en anglais, illustre cette puissance de feu technologique. L’entreprise a déjà réalisé plus de 4000 simulations sur avion complet, générant un volume de données gigantesque.
Or, ces simulations nécessitent une élasticité de calcul que seul le cloud peut offrir. Jacques-Alexis Verrecchia souligne l’importance stratégique de ce modèle économique en précisant que l’utilisation du cloud permet de payer à l’usage.
Les usages agentiques de Canal+, Ekwateur et Beyond Aero
L’AWS Summit 2026 a été l’occasion pour des entreprises des médias, de l’énergie et l’aéronautique de témoigner de leurs premières applications agentiques. Des usages bâtis sur des fondamentaux.
Cette chaîne de validation numérique ne se limite pas à l’exécution de calculs sur des nœuds de haute performance durant des week-ends entiers. Elle doit impérativement s’articuler avec des tests physiques en soufflerie pour corréler les modèles théoriques avec la réalité collectée grâce à des milliers de capteurs.
La capacité à rapatrier et comparer ces flux massifs de données constitue le pivot du développement moderne chez Beyond Aero. Cependant, l’explosion du volume de données générées par ces 4000 simulations et les essais physiques crée un nouveau défi : celui de la gestion de l’information.
Cette complexité croissante a nécessité le passage d’un simple stockage passif des données à une interaction intelligente via des outils d’IA avancés.
Optimisation des cycles de conception et de certification
La vision de l’IA chez Beyond Aero a rapidement évolué vers une intégration opérationnelle visant à fluidifier le dialogue entre l’ingénieur et la donnée de simulation. Pour pallier la complexité des bases de données où les variables portent souvent des noms barbares, la startup a développé un prototype utilisant le MCP.
Le système repose sur des connecteurs liés à un dictionnaire technique qui traduit le langage machine en terminologie métier. Les ingénieurs peuvent ainsi interroger leurs simulations en langage naturel pour extraire des tendances ou générer des rapports sans perdre de temps dans la navigation manuelle.
L’outil transforme radicalement la productivité en permettant une exploitation immédiate de l’historique technique de l’avion, témoigne Jacques-Alexis Verrecchia.
L’impact le plus structurant de l’IA agentique se manifeste lors de la Preliminary Design Review, un jalon critique où la configuration de l’appareil est figée. Ce processus de certification exige la production de milliers de pages de documentation où chaque paramètre doit être sourcé et justifié.
L’IA Act et l’agentique pour auditer la conformité avec Bureau Veritas
L’entrée en vigueur progressive de l’AI Act place les entreprises face à un défi paradoxal : une exigence de mise en conformité imminente contrastant avec un déficit de préparation structurel. Podcast
Beyond Aero déploie des agents capables d’effectuer l’embedding et le fractionnement de documents issus de Google Drive pour structurer automatiquement ces dossiers. Selon Jacques-Alexis Verrecchia, l’IA se charge de sourcer et de la structuration.
L’humain, quant à lui, se concentre sur la validation finale. Cette automatisation ne se contente pas de gagner du temps. Elle renforce la fiabilité de la certification en assurant une traçabilité parfaite de chaque image de simulation ou analyse thermique intégrée au rapport final.
L’agentique comme garant de la compliance et de la cohérence
Dans une organisation de près de cent personnes, la circulation de l’information technique représente un risque majeur pour la cohérence globale de l’appareil.
Dans l’industrie aéronautique classique, les modifications locales font souvent l’objet de discussions informelles à la machine à café ou sont découvertes lors de bilans trimestriels tardifs.
Pour éviter ces silos, Beyond Aero mise sur des agents de vérification de conformité. Les outils surveillent en temps réel l’impact de chaque décision technique sur l’architecture globale.
Par exemple, si un ingénieur décide de modifier la taille d’un pneu, l’agent peut instantanément identifier si ce changement invalide des exigences de sécurité ou des tests effectués sur d’autres systèmes périphériques.
Une telle approche transforme la gestion industrielle en remplaçant les réunions de bilan ponctuelles par un flux continu de validation. Grâce au mapping intégral des données et des exigences de l’avion, les agents permettent d’orienter les développements et de prioriser les tâches.
Beyond Aero se positionne ainsi comme le pionnier d’une ingénierie où la donnée et l’IA ne sont plus des fonctions support, mais le moteur même de l’innovation.
En intégrant ces technologies au cœur de ses processus, l’entreprise pourrait, outre la construction d’un avion, définir un nouveau standard d’efficacité pour l’industrie aéronautique. Lequel ? Un standard où sécurité et vitesse de développement convergent grâce à l’agentique.












